Que notre joie demeure !

Attention – nouveau projet – espace en chantier !!!

Habiter – Etre habité

 

Habiter,

ce verbe dit deux choses en somme :

le paradis charnel et l’expulsion brut de l’Eden.

Méditer sur habiter passe par trois prépositions, je veux dire trois propositions ou thèses,

trois habitats ou lieux d’origines : dans hors et par,

l’intérieur, l’extérieur et le passage à travers un seuil.”

 Michel Serre

e

L’archi de votre titre ne désigne rien de hiérarchique, non plus qu’un commencement. Celui de toutes et de tous.

Le premier toit de l’archi-tecte, c’est le placenta sur la tête du foetus. Ou la pierre sur le mort.

Faites-moi un dedans d’origine, un dehors accueillant et des sorties non dramatiques.

N’oubliez jamais votre statut de sage-femme.(…)

Celui que personne n’a jamais pris dans ses bras n’a jamais habité.”

Michel Serr

Note d'intention

Le sujet est vaste, il tient plus du château que du T1 bis et pour tout dire, nous n’avons aucune garantie que nos demandes de prêts soit acceptées.

Bref, nous sommes loin du compromis de vente.

Nous aimerions visiter quelques intérieurs, quelques extérieurs aussi, imaginer dans un premier temps un plan, une maquette qui nous permette de converser avec les personnes qui voudraient bien partager leurs expériences de l’habitat.

Nous voudrions nous assigner à résidence quelques temps, être à demeure pour documenter cette question. Et puis s’essayer à différentes formes courtes d’habitats, des habitats légers par exemple, être un peu nomades pour un temps avant de poser nos cartons.

Pour ces nouvelles créations, nous aimerions travailler le son avant l’image, nous donner l’impression de dire derrière les portes ou les fenêtres fermées, d’entendre derrière le mur la respiration de la maison, de ses habitants, de ses démons, de ses fantômes…

Conversation

Raoul : Je sais par expérience, par mes années de pratique artistique que les espaces colorent diff éremment les créations. Les contraintes ne sont pas les mêmes si l’on travaille dans une salle lumineuse et blanche ou si l’on travaille dans une salle sombre et noire. Si l’on travaille dans un calme olympien ou dans une agitation perpétuelle.

Stéphane : Je sais aujourd’hui (j’ai bientôt cinquante ans) qu’on n’habite jamais un lieu unique. Non pas qu’on déménage souvent, mais que chaque lieu est la somme des précédents, qu’il est habité par tous les lieux où l’on a séjourné.

Raoul : Je me suis toujours demandé comment l’espace habité contraint notre pensée, notre façon d’être, de respirer, de vivre. Je me demande également si nos pensées, notre façon d’être, de regarder, de vivre transforme notre habitat.

Stéphane : Alors bien sûr, toutes ces demeures ne sont pas visibles au premier coup d’oeil et même, certaines ne se laissent voir que par moi et pas toujours, pas tout le temps. Je ne sais toujours pas pourquoi (même à bientôt cinquante ans). Pourquoi telle demeure vient se nicher dans le coin de la cuisine et telle autre vient se rappeler à mon souvenir dans la salle de bain. Quelquefois, ce sont des objets qui bien malgré eux m’ont suivi tout au long de ces années. Quelquefois il s’agit seulement d’un fantôme souriant, égaré là, stupéfait après tant de discrétion d’apparaître au détour du couloir.

Raoul : J’habite en ville, loin du sol. Je m’étonne de trouver un escargot au cinquième étage sur ma terrasse. Je pensais habiter loin de la campagne mais elle est là, dans la ville. Cet escargot sur ma terrasse qui bouffe mes jeunes pousses dans mes bacs à fleurs habite la ville, mon immeuble l’abrite, au cinquième il trouve son refuge, sur ma terrasse ! Je ne l’ai pas invité !

Stéphane : J’habite en ville au rez-de-chaussée, au ras du sol, au razdu bitume. Hier soir j’ai trouvé un crapaud à ma porte, très distingué, presque un colporteur, un pompier qui vend son calendrier. Il semblait avoir sonné de longues minutes avant et patientait, il attendait que je veuille bien lui ouvrir. Il s’est immobilisé, un prince peut-être, qui aurait perdu son château, son chez-soi, son carrosse et ses chevaux. J’ai fermé ma porte, je ne crois plus ni aux princes, ni aux princesses.

Raoul : J’habite en ville, la ville m’abrite. La ville m’habite aussi. Et J’abrite un escargot. Lui, il transporte sa chambre. Il s’installe avec sa tiny house dans mon bac à fleurs. Il n’est pas bruyant, il ne prend pas de place mais il bouffe mes fleurs et mes plantes aromatiques.

Stéphane : J’habite en ville, dans la même ville que le crapaud, la ville nous abrite l’un comme l’autre. La ville m’habite aussi, comme le crapaud qui s’est installé sur mon paillasson. Il ne me dérange pas, j’ai un peu peur de l’écraser chaque fois que je sors, mon pied fait deux fois sa longueur et je pèse sans doute 700 fois son poids. Quelques fois je me raconte les princes et les princesses qui vivent encore avec nous, je me raconte nos châteaux en Espagne.

Raoul : Quelques fois j’évoque ma chambre d’enfant, celle qui m’a vu grandir. Elle abritait mes joies, mes rêves, mes peurs. L’habitat des premières fois. Cet espace m’a construit, je m’y suis forgé mon caractère, mes ambitions. Cette chambre changeait souvent. J’ai déménagé dix fois dans les 20 premières années de ma vie. Je l’ai partagée quelques années. J’y ai caché mes secrets, j’y ai fait le mur. Elle était mon refuge, mon intimité, mon premier chez moi. Ma dernière chambre d’enfant était ma chambre d’étudiant, c’était aussi mon atelier et ma cuisine.

De la colocation

Un espace de vie, de travail, de rencontre.

Les frères Pablof résident, ils pratiquent des résidences d’immersion. Ces résidences peuvent se dérouler avec des théâtres, des festivals ou tout acteur culturel qui prend place dans un territoire. Façon de maçonner le spectacle en partageant des récits, des impressions, des images, des anecdotes.

Les frères seraient ravis de partager pour un moment des pièces communes de diff érentes maisons, toutes ces maisons qui, pour tout un tas de raisons, réunissent des personnes, des maisons culturelles, sociales, de soins, d’enseignements, de vies…

Ils apprécieraient d’y prendre un café, d’y discuter, et pourquoi pas partager leur caisse à outils de marionnettistes (des marionnettes, des caméras, des enregistreurs, de la musique, des carnets à dessin et d’autres choses encore qui tiennent plus de la salle de jeu ou du garage que du salon ou de la salle à manger).

Au cours de ce voisinage, ils pourraient jouer un spectacle, ou un début de forme chez les gens ou dans ces maisons qu’ils fréquentent. Ou tout simplement,un moment du quotidien, les habiter avec eux. Ou encore se donner rendez-vous, pratiquer un peu ensemble les activités qui les occupent une grande partie du temps.

Ils cherchent donc des lieux qui voudrait bien les accueillir, leur proposer le gîte et le couvert, franchir quelques seuils avec eux, accompagner leurs pérégrinations entre là où nous habitons et ce qui nous habite. Une espèce de colocation, d’habitat partagé, une manière d’être à demeure.

Equipe

Alice Millet, Jean-Louis Ouvrard, Raoul Pablof, Stéphane Pablof, Christophe Piret… (en cours).

A vivre

 

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