Le grand saut

Nous avons un père présumé. Un père qui ferait de nous des frères. Des frères présumés.

On sait qu’il s’appelle Igor Pablof, Pablof avec un f, son nom a été francisé.

Igor est un voyageur, dont nous avons perdu la trace.

Son vrai nom c’est Pablov avec un V.

Un fonctionnaire zélé lui a coupé son V en établissant ses papiers.

Nous avons le F en héritage.

Un F présumé.

 

Notre père présumé, enfant d’exilés russes francophones, marié avec une Portugaise, a vécu à Mirepoix, traversé l’atlantique pour le Québec et s’est installé au brésil.

A moins qu’il n’ait rencontré une brésilienne à Paris et qu’après avoir vécu à Mirepoix, Lisbonne et Rio de Janeiro, il se soit installé à Montréal.

 

A Mirepoix, nous mettons nos pas dans les siens.

Note d'intention

Après un voyage en Sibérie, à Irkoutsk (en russe : Иркутск), à 66 km à l’ouest du lac Baïkal, en Sibérie Oriental, nous nous sommes perdus dans des recherches généalogique qui n’ont malheureusement rien données (allez trouver un arbre dans la Taïga !).

Issus d’une famille complexe, nous cherchons à élaborer ses contours. Nous sommes petits fils d’exilés russe (mais pas que), certains de nos parents au siècle dernier ont traversé l’atlantique. Nous rêvons depuis longtemps de cet eldorado et questionnons comment ce rêve peut constituer une identité familiale.

Nous avons donc décidé de nous pencher sur les familles, sur ce qui constitue les fratries, la nôtre, celle des autres. C’est une quête familiale et originelle qui animera la suite de l’expérience. Nous voulons chercher dans les secrets de famille, les raisons des départs, des mythes fondateurs qui construisent une identité. En effet, nous caressons l’espoir de l’existence, certes encore peu documentée, de notre père présumé. 

Pour se faire nous voudrions voyager sur les traces de ce père. Un voyage ou une façon, un peu désinvolte, de se lancer dans une quête de l’origine, de construire, l’air de rien, une arborescence familiale éloignée et fantasmée, de se construire une identité ici et maintenant, une origine du futur.

Nous supposons que l’identité familiale n’est pas faîte seulement d’ADN, que la généalogie se construit sur des noms, des paysages, des goûts et des dégouts, des choix, mais aussi des langues. Jusqu’alors nous nous sommes attaché à construire une poésie à la frontière du réel, à mi-chemin de la familiarité et de l’étrangeté. Nous aimerions, puisqu’il s’agit de la famille, s’affranchir de la familiarité, s’éloigner un peu de nos chênes généalogiques, pour s’appuyer sur des bois exotiques dont on ne saura pas dire le nom. Nous aimerions faire le détour par l’étrangeté pour mieux se regarder, la langue étrangère (qui n’est pas maternelle) pour mieux se dire.

Lisbonne, Rio, Montréal et Mirepoix  sont les étapes possibles de l’exil d’un Père. Ce sont aussi des villes où nous avons des amis avec qui partager nos interrogations.

 

bande annonce

Hors-d’œuvre

Le grand saut

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